Le « parkour » interdit de musée ?

La pratique du « parkour » est interdite par des panneaux posés autour du musée d’art moderne et contemporain.

Plusieurs panneaux posés sur les murs du musée d’art moderne et contemporain interdisent la pratique du «parkour », ce sport urbain qui consiste à profiter du mobilier urbain dans des évolutions esthétiques et acrobatiques. Les adeptes ont bondi. Depuis quelques semaines, les « traceurs » strasbourgeois n’ont plus le droit de sillonner le parvis du musée d’art moderne et contemporain comme ils en avaient l’habitude. C’est-à-dire en se servant des bancs, des poubelles ou des murs se trouvant sur leur chemin pour enchaîner figures et acrobaties. En effet, dès qu’ils rencontrent un obstacle, ces adeptes du «parkour » plongent, sautent par-dessus avant de continuer leur course.

La configuration des abords du musée d’art moderne se prête semble-t-il idéalement à l’exercice. Des panneaux n’en ont pas moins fleuri, il y a quelques semaines, pour interdire la pratique, ajoutant au passage que la Ville « décline toute responsabilité en cas d’accident ». Le texte ne précise pas le périmètre de cette interdiction. Aucune mention non plus de
l’intitulé de l’arrêté municipal supportant la mesure.


Arrêté en plein élan
Depuis qu’il a découvert les panneaux, Fabrice Bach, président de Sport Conférence – une association qui se préoccupe de l’intégration du sport dans la société –, est interrogatif. Lui qui porte le projet d’une Ligue française des sports urbains a demandé à la mairie de s’expliquer sur cette décision. À ce jour, aucune copie de l’arrêté municipal n’a pu lui être fournie. Et pour cause : mardi, la mairie a livré les conclusions de l’enquête interne menée depuis une semaine, révélant qu’aucun
arrêté n’a été pris officiellement. La patate chaude que se renvoient élus et musée finit dans le lieu de culture. Il s’agirait d’un « excès de zèle » de la part du musée, assure la Ville.

Sécurité des personnes ou protection du mobilier urbain ? Les objectifs de cette signalétique restent flous. Pour Serge Oehler, adjoint en charge des sports, cette discipline comporte bien des risques de blessures, risques qui « auraient pu être la raison de l’installation de ces panneaux d’interdiction ». Mais Fabrice Bach conteste : « L’apprentissage, s’il est fait correctement, doit permettre de sortir dans la ville en connaissant les techniques ». En ce sens, l’ouverture d’un gymnase à la discipline, prévue pour septembre, semble contenter les aficionados du « parkour ». Mais ils ne veulent pas en rester là.

« C’est hallucinant qu’à Strasbourg on interdise cette pratique en plein essor et qui a valu à PK Stras’, l’association de pratiquants de la ville, un prix décerné par l’Agence pour l’éducation par le sport », dénonce Fabrice Bach.


Pas assez de demande
Autre curiosité de ces panneaux : le « parkour » est censuré, mais pas le skateboard ou le roller. Pour l’adjoint à la mairie en charge des Sports, il faut chercher à comprendre aussi cela. Car « les abords du musée ne sont pas tant abîmés par le “parkour” que par les sports de glisse ».
S’il n’est pas hostile à la pratique, Serge Oehler tient à préciser que la demande devra se développer avant que la Ville n’envisage d’investir dans des infrastructures dédiées. Mais pour l’heure, la Ville indique avoir fait parvenir au musée un note officielle lui intimant de décrocher ces panneaux illégitimes. Hier soir, ces derniers restaient accrochés aux murs du musée.

 


Source : DNA par Pierre Serizay

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