L’art transgressif du graffiti

Extrait de la Thèse en vue de l’obtention du titre de docteur en SOCIOLOGIE. Présentée et soutenue publiquement par Nicolas MENSCH

 

En 1998, à Toulouse, des groupes de hip-hop se sont réunis pour débattre de leurs relations aux institutions. Le principal élément qui ressort de ces discutions concernait les difficultés rencontrées par ces participants pour bénéficier de subventions. L’année suivante, en 1999, toujours à Toulouse, autour de Fabrice Bach a été formalisée la Fédération nationale des Cultures urbaines, la FNCU. La FNCU est un réseau d’acteurs travaillant en autonomie et recherchant des solutions afin de valoriser les « cultures urbaines ». L’objectif de cette structure est de favoriser la reconnaissance institutionnelle de ces cultures sur l’ensemble du territoire, de participer à la professionnalisation de ses acteurs, de soutenir leurs projets. En décembre 2010, la Fédération nationale des Cultures urbaines a été emplacée par l’Observatoire national des Cultures urbaines, l’ONCU. C’est un organisme indépendant, régi par la loi de 1901. L’ONCU est, aujourd’hui encore, dans une phase de construction. Il est constitué d’un réseau d’acteurs issus de différentes sphères (des enseignants, des formateurs et des chercheurs, des représentants de l’État et des pouvoirs locaux, des membres de secteurs associatifs, des entreprises et des journalistes) et vise à mobiliser les acteurs qui font vivre les « cultures urbaines ».

La charte des « cultures urbaines » : un texte normatif Le Mouvement associatif pour les Cultures urbaines (MAPCU) est un autre réseau, lié à l’ONCU et s’inscrivant dans le processus de reconnaissance des « cultures urbaines »354. Il est ancré dans la région Midi-pyrénées et regroupe un millier d’adhérents. Sous la forme d’une charte, ont été formulées un certain nombre d’exigences pour désigner ce qui appartient ou non aux « cultures urbaines ». Les valeurs qui y sont déployées sont, en premier lieu, celle d’Africa Bambaataa, le fondateur, en 1973, de la Zulu Nation. La Zulu Nation aspirait à faire cesser les violences entre les gangs par la culturehip-hop, la coopération artistique plutôt que l’opposition physique. Son adage fut : «Peace, unity, love and havin’fun. »Parmi les caractéristiques définissant l’appartenance d’une personne au mouvement des « cultures urbaines », sont mentionnés : « la solidarité », « le respect », « l’esprit critique », « l’honnêteté », « la transparence ». Les propositions d’Africa Bambaataa ont été suivies par une partie des amateurs de hip-hop, mais pas tous. Si le rap fait partie des dites « cultures urbaines », les propos qui se dégagent de certains textes sont plutôt éloignés de cette charte. Concernant le milieu du graffiti, force est de constater que le respect des institutions, l’honnêteté, sont des valeurs n’étant pas toujours à l’ordre du jour.

 

Engagés dans une démarche de reconnaissance, de professionnalisation, les acteurs du mouvement associatif pour les Cultures urbaines se démarquent par leur intériorisation des exigences sociales dominantes. Ainsi, on peut affirmer que leur charte a une fonction de normalisation. Elle aurait pour effet d’exclure des « cultures urbaines » les individus engagés dans des carrières transgressives, soit une grande majorité de graffiteurs. La réalité est plus nuancée. Le ministère de la Culture et de la Communication apportera un soutient au milieu du graffiti. Cette politique culturelle a été sujette à controverse.


Source : Thèse en ligne – Page 251

 

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